Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /Juin /2009 10:59

La communauté internationale est en émoi. Pensez, le premier ministre israélien a ENFIN lâché les mots "État palestiniens".... Obama s'en félicite, l'UE - par sa présidence tchèque aussi...

Mais personne n'est dupe.

Car si les termes "État palestinien" ont été prononcés, force est de constater qu'ils l'avaient déjà été par d'autres, à gauche et au centre de l'échiquier politique israélien. La nouveauté, c'est que c'est le leader du Likoud, le leader du parti du "Grand Israël", le faucon, l'homme qui a foutu en l'air le processus d'Oslo en devenant premier ministre après la mort de Rabin, qui semble s'y rallier... mais sans abandonner les éléments de la rhétorique de son parti concernant les palestinien et leur futur, qui conditionnent la création de cet État.

Lesquels (*)?

- Un État démilitarisé - ça c'est chouette: tout le monde devrait l'être ! - mais soumis à tutelle stratégique d'Israël et dont les frontières et l'action internationale seront donc de facto dépendantes d'Israël.

- Pas de droit au retour des réfugiés palestiniens sur leurs terres dans l'État d'Israël, élément non-négociable... mais pas de gel (et donc continuité du développement) des colonies, dont l'existence fera elle l'objet de négociation. Deux poids, deux mesures.

- Jérusalem capitale unique d'Israël.

- Et évocation pour justifier le tout du lien spécial qui unirait les juifs à la terre, par opposition aux palestiniens.... qui ne feraient qu'y vivre....

Ça, un État ? Non. Il ne serait pas pleinement souverain à ses frontières, il ne serait pas maître de sa population.

Aux termes du programme électoral du Likoud (ne parlons pas de celui de ses alliés extrémistes...), la Palestine autonome (non-indépendante) ne devait être qu'une série de territoires déconnectés les uns des autres, soumis à une autorité n'étant pas le gouvernement d'un État, avec des populations non-israéliennes - c'est à dire ne disposant pas de droits des citoyens israéliens - mais soumise quand même à la souveraineté d'Israël, sous sa tutelle.

Bref, l'autonomie pour ne pas annexer les territoires et leurs populations, et devoir dès lors intégrer les palestiniens dans un État d'Israël qui y perdrait à terme sa nature juive, démographie aidant - et pourtant ce serait sain et moderne un État commun, laïque, déconfessionnalisé. Tout comme il ne fallait pas donner la citoyenneté française aux populations colonisées, parce qu'elles eussent été plus nombreuses que nous - et ça a donné la guerre d'Algérie.

Mais l'autonomie seulement pour ne pas donner l'indépendance et pouvoir continuer ainsi à exercer une souveraineté indirecte sur ces terres via une autorité ou un gouvernement fantoche, et profiter ainsi de ces territoires et de ses ressources - la sécurité d'Israël impliquant sa présence dans la vallée du Jourdain, ce n'est pas la menace jordanienne (qui peut battre Israël, avec ses armements nucléaires ???), c'est le contrôle de l'eau et rien d'autre.

En Afrique du Sud, on donnait aux noirs "l'indépendance sous tutelle" dans des banthoustans aux contours géographiques compliqués, assez similaires finalement à l'actuel  "chapelet d'îlots" autonomes palestiniens. La nouveauté ici, si la "vision" de Bibi Nétanyaou devait s'imposer, ce ne serait qu'un banthoustan dénommé État, une colonie dénommée État, ce qu'en droit international on appelle un État fantoche... qui n'en est donc pas un et ne peut être reconnu comme tel.

Quant à l'opposition du lien des juifs à la terre aux palestiniens qui ne font qu'y vivre, elle fleure bon aussi la colonisation, la distinction entre citoyens (les blancs) et sujets (les autres), ces derniers ne se distinguant des cailloux, végétaux et animaux présents sur les terres conquises que parce qu'ils étaient quand même des être humains... mais inférieurs quand même, donc non-dotés des mêmes droits.

Oui, le discours de Bibi Nétanyahou reste un discours colonialiste et raciste, parce qu'il proclame comme étant supérieur le droit des juifs à la terre, simplement, et ce quand bien même les mots État palestiniens ont été lâchés pour des raisons tactiques.

Et  partant, l'offre de paix de Bibi Netanyahou  peut être résumée à ceci: ce que nous avons pris nous appartient, et ce qui est à vous est négociable,... parce que nous avons plus de droit que vous.

Ça, ce n'est pas une paix durable, car ce ne serait qu'une paix de vainqueur, un nouveau Traité de Versailles qui laisserait intacte la haine et l'esprit de revanche. Quand bien même il y aurait un machin dénommé "État palestinien".

Il ne reste qu'à espérer qu'Obama mettra en accord ses paroles à destination du monde arabo-musulman et ses actes vis à vis d'Israël, en refusant les conditions posées par Bibi Nétanyahou et en maintenant la pression sur lui (celle qui lui a arraché justement les mots "État palestinien"): comme l'espèrent tous les citoyens juifs et arabes épris de paix dans la zone, tous ceux qui ont adhéré au plan de paix officieux de Genêve, il ne peut y avoir de paix durable que si elle est une paix entre égaux partageant ce qui leur est commun.

Tout le contraire de la vision de Bibi Nétanyahou, quand bien même il y aurait un "État ".

Car la paix ne se paye pas de mots.



(*)Pour ceux que la douloureuse question israélo-palestinienne intéresse, on ne peut que conseiller la lecture journalière (car il s'en passe des choses tous les jours) de l'excellent blog "Guerre ou Paix. Décryptage des relations israélo-palestiniennes" du service international du journal "Le Monde".

Par Nick - Publié dans : Et le Monde, dans tout ça ? - Communauté : Les blogs citoyens
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Jeudi 11 juin 2009 4 11 /06 /Juin /2009 12:07
Des primaires à gauche ne résoudront pas la crise identitaire et programmatique que traversent les progressistes français et européens.

Certes, si l'on se réfère aux Etats Unis, c'est une manière de confronter des idées différentes et de sélectionner celles portées par un homme. Oui, Obama a su même par ce biais réorienter les positions du Parti Démocrate et le comportement de ses élus sous les années "Bush": il suffit de mesurer le changement d'attitude des Sénateurs et Congressistes démocrates sur la question du Proche et du Moyen-Orient pour mesurer à quel point primaires et élections peuvent bouleverser la donne.

Mais structurellement, les Etats-Unis fonctionnent sur ce mode depuis plus de 200 ans, et leurs partis politiques sont structurés organisationnellement et intellectuellement de cette manière (ils ne sont que des machines électorales, le débat d'idées leur étant extérieur sauf le temps des primaires). Et conjoncturellement, la révolution Obama n'aurait sans doute rien été sans la tentative d'Howard Dean en 2004 et son impact sur de nouveaux électeurs très progressistes via le net, les inconséquences de Georges Bush et la crise économique.

Avant de faire des primaires pour désigner le candidat pour 2012, il faut d'abord résoudre la crise d'identité de la gauche française (et européenne, car le problème est le même) - et je ne peux que conseiller la lecture du dossier de Libération d'hier et les interventions de
- Gilles Finchelstein (http://www.liberation.fr/monde/0101572816-il-doivent-retrouver-l-audace-d-adopter-des-positions-courageuses),
- Marc Lazar (
http://www.liberation.fr/monde/0101572812-la-gauche-se-reposait-sur-ses-lauriers),
- Massimo Cacciari sur l'Europe et l'impasse Tony Blair (
http://www.liberation.fr/monde/0101572817-il-n-y-a-pas-de-leaders-en-europe)
- et Nils Diederich (
http://www.liberation.fr/monde/0101572818-une-couche-sociale-en-voie-de-disparition).

Il faut ouvrir porstes et fenêtres de la maison pour l'aérer et éventuellement l'agrandir, être humble, faire des Etats généraux à qui souhaite y participer, sans en écrire les conclusions à l'avance et sans prétendre les dominer, sans jeux d'appareil et sans tabou idéologique, et voir à cette occasion émerger de nouvelles têtes et qui sait, peut-être, de nouvelles organisations. 

Car faire des primaires - pas même à gauche, juste au PS s'il en décide seul - sans résoudre d'abord cette crise lanscinante, ce ne serait que désigner celle de ses écuries qui tirera le corbillard.


PS: comme indiqué à l'occasion d'une entrée sur Lisbonne, je n'ai pas voté socialiste. Question de cohérence. Et j'en suis très content.
Par Nick - Publié dans : A la recherche de la gauche perdue - Communauté : Social-démocratie
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /Nov /2008 23:00

Juju [Juliette]: "Rends moi mon carambar, Chacha [Charlotte] !"

Chacha: "Non ! Papa [NDLR: moi] me l'a donné, na !"

Juju: "Menteuse, méchante ! Y l'a donné à moi ! Fais attention Chacha, je vais le dire à Papa et y va appeler la Police !"

Chacha: "La Police elle va te prendre toi, Juju ! Voleuse ! "

 

Aaahhh, ze kids, mes filles... C'est beau la famille, non ? Car heureusement qu'on en est une...

A part ça ça crève toujours de part et d'autre en Afrique, on s'enfonce dans la crise, et les SDF ont déjà les boules car l'hiver - et la neige - arrive tôt cette année.

Et autrement ? Comme l'écrivait Louis XVI le 14 juillet 1789 en se référant à sa partie de chasse du jour.... "Rien".

Vraiment rien.

 

Bonne journée.

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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 14:54

En 1453, dans Constantinople assiégée par le Turcs, la Cour impériale débattait d'une grave question: les anges avaient-ils un sexe ?

 

1453. C'est pas si loin. On est peu de chose finalement.

 

Bonne journée.

Par Nick - Publié dans : A la recherche de la gauche perdue - Communauté : Social-démocratie
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Mardi 18 novembre 2008 2 18 /11 /Nov /2008 22:25
Je me demande si je ne vais pas enmener mes enfants à Disneyland Paris. Mais bon, on ira voir qui en premier, hein ? Qui ? Mickey ou Donald ? Grave question...

Bonne journée.
Par Nick - Publié dans : A la recherche de la gauche perdue - Communauté : Social-démocratie
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Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /Nov /2008 14:20
Je ne trouve plus mon briquet... Meeeeeerdeuuuu !

Bonne journée ! ;op
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Lundi 3 novembre 2008 1 03 /11 /Nov /2008 16:36

"Un Rocard sinon rien"... C'était le slogan que nous avions "inventé" (c'est à dire piqué à une marque de spiritueux bien connue), en 1987, quand nous espérions qu'il pourrait aller un jour à l'Elysée.

Près de 20 ans plus tard, en lisant cette interview donnée au Monde (2 novembre), je me rend compte à quel point mon enthousiasme pour lui était mérité. C'est clair, c'est informé, c'est net, c'est de gauche (le "vol" des banquiers) mais c'est ancré dans le réel. Car c'était ça la "deuxième gauche": ne pas se payer de mots, ne pas la jouer "grand soir" dans les meetings... pour éviter la gueule de bois du matin - je vous conseille le passage sur le "libéralisme" et la maniè!re de ne pas se tromper de combat.

Rocard, c'était, c'est et ça restera cette combinaison du "pessimisme de l'intelligence et del'optimisme de la volonté". Simplement. A lire donc... ici !

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L
a crise résiste aux interventions étatiques. En verra-t-on un jour le bout ?

 

Pour le savoir, il faut d'abord poser le bon diagnostic. Or, ce qui frappe, c'est le silence de la science. Les grands économistes se taisent. Les politiques ne parlent que de finance. Et ils n'osent pas appeler un chat un chat. La vérité, c'est que planquer des créances pourries parmi d'autres, grâce à la titrisation, comme l'ont fait les banques, c'est du vol. Les précautions de vocabulaire sont malséantes. Nommer correctement les choses permet de bien appliquer la sanction. On reste trop révérencieux à l'égard de l'industrie de la finance et de l'industrie intellectuelle de la science financière. Des professeurs de maths enseignent à leurs étudiants comment faire des coups boursiers. Ce qu'ils font relève, sans qu'ils le sachent, du crime contre l'humanité.

 

L'hyper-sophistication de la finance, que vous dénoncez, n'a-t-elle pas permis, pendant des années, de soutenir la croissance mondiale ?

 

Je ne le crois pas. La montée en puissance des produits dérivés résulte d'une désorganisation de l'économie réelle, qui elle-même découle de la décision prise en 1971 par Richard Nixon et, déjà, Dick Cheney de décrocher le dollar de l'or. Le commerce qui, jusque-là travaillait à changes fixes, a été menacé par des changes flottants. Tout est devenu volatile, imprévisible. Il a fallu se couvrir, inventer les combines les plus tordues pour tenter de réguler la valeur des titres sur lesquels on travaille. Cela a donné les produits dérivés, des échanges d'option pour l'avenir sans échange de produits réels. A partir de là, l'économie a été plus abstraite. Tout s'est mis à reposer sur la confiance, tout est devenu plus fragile. On a eu une bulle sur l'immobilier, une autre sur le pétrole, qui ont crevé lorsque les prix du marché ont cessé d'augmenter régulièrement. Voilà comment l'appétissante finance mondiale fait supporter à l'ensemble de la société un taux de risque anormal.

 

Mais on ne peut pas revenir en arrière, l'étalon-or, c'est fini !

 

On peut, en revanche, réfléchir à un autre système. Le dollar est la monnaie mondiale, mais cela fait des dizaines d'années qu'il ne remplit plus son rôle de monnaie de réserve mondiale. Ce sont les fonds souverains et le pétrole qui jouent ce rôle, car la quasi-totalité des fonds souverains est à dominante pétrolière. Est-ce raisonnable ? Si la croissance repart, elle va pousser les cours du pétrole à la hausse, ce qui est très dangereux. Il vaudrait mieux laisser le pétrole hors du coup, s'obliger à des économies d'énergie et, pour ce faire, décider, par exemple, qu'on achète le pétrole avec la monnaie des quotas carbone inventés à Kyoto. Et, parallèlement, mettre en place un directoire monétaire à quatre ou cinq avec le dollar, l'euro, le yuan chinois, la roupie indienne, peut-être le yen. La stabilisation du système est à ce prix-là.

 

Quelle chance avez-vous d'être entendu ?

 

A ce jour, elle est faible. Il est plus prudent de viser des solutions plus consensuelles. Encore faut-il ne pas se tromper sur ce qui se passe. Aucun économiste n'a encore posé la vraie question : quel aurait été l'impact de cette crise financière si elle avait frappé une économie réelle bien portante ? Depuis une vingtaine d'années, les pays développés s'échinent, sans y parvenir, à retrouver la moitié de la croissance qu'ils ont connue durant les Trente Glorieuses, et un quart de leurs habitants sont fragilisés, parce qu'ils sont pauvres, chômeurs ou travailleurs précaires. Cette fragilisation est une gangrène. C'est elle qui fait que les citoyens votent n'importe quoi et n'ont plus confiance dans leurs dirigeants. On s'est mépris sur le non au référendum sur le traité constitutionnel européen. Ce n'était pas un refus de l'Europe. C'était un non à la dérégulation du marché du travail.

 

Où est la solution ?

 

On ne s'en sortira pas sans un meilleur partage des revenus, un meilleur équilibre entre salaires et profits. Henry Ford (1863-1947), qui a contribué à sauver le capitalisme notamment au moment de la crise de 1929, disait : "Je paie mes salariés pour qu'ils achètent mes voitures." Après la guerre, on a reconstruit le capitalisme autour de l'idée de fortes rémunérations. Aujourd'hui, la part des salaires et des prestations sociales a diminué d'une dizaine de points dans le produit intérieur brut. L'actionnaire se frotte les mains, mais le salarié est trop pauvre pour soutenir l'activité. C'est la raison pour laquelle cette crise est grave et risque d'être longue.

Pour en sortir, il faut d'abord être capable de produire un diagnostic partagé. On en est loin. En mai, nous avions adressé une lettre ouverte à Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et à Nicolas Sarkozy, futur président de l'Union européenne. Cette lettre intitulée "La finance folle ne doit pas nous gouverner", cosignée par des sociaux-démocrates comme Jacques Delors, Helmut Schmidt, Lionel Jospin, et des libéraux comme Otto Graf Lambsdorff et Jacques Santer, réclamait la création d'un comité de crise européen, composé des dirigeants politiques, d'économistes renommés et d'experts financiers pour parvenir à ce diagnostic commun. Nous n'avons pas eu de réponse.

 

Depuis, la crise boursière est intervenue et des mesures ont été prises...

 

Après un faux départ, Nicolas Sarkozy a réussi à mobiliser intelligemment les pays d'Europe pour soigner l'aspect financier et bancaire de la crise. Il plaide aussi pour un gouvernement économique européen. Je l'approuve, mais il faudra des années pour obtenir un consensus et rendre cette instance opérationnelle. D'ici là, les gouvernements nationaux doivent s'entendre sur des mesures simples pour mieux réguler le système : limiter l'usage des produits dérivés, lutter contre les paradis fiscaux, revoir le fonctionnement des fonds de pension en les obligeant à avoir des comportements liés au long terme. Il faut convaincre l'actionnaire que la course au profit immédiat est destructrice. Elle menace l'appareil de production, précarise l'emploi et constitue un danger pour la démocratie.

C'est la fin du libéralisme ?

Pas du tout. Et en pleine crise, la gauche pourrait faire l'économie de ce genre de controverses. Historiquement, les libéraux - Adam Smith (1723-1790), Thomas Malthus (1766-1864), David Ricardo (1772-1823) notamment - étaient des moralistes, des gens qui avaient une pensée sociale visant à intégrer la liberté humaine dans l'organisation de la société. Pour aucun d'eux, la liberté n'était le droit de faire n'importe quoi, elle avait besoin d'être canalisée par des règles.

La crise actuelle ne remet pas en cause le libéralisme. En revanche, elle sonne le glas de l'ultralibéralisme, cette école de pensée criminelle fondée par Milton Friedman (1912-2006) qui voulait croire que l'équilibre du marché est optimal et que moins on a de règles, plus on a des chances d'arriver à l'"optimalité". Elle a imprégné la droite américaine et une partie de la droite européenne. Elle a heureusement épargné les chrétiens-démocrates allemands et la droite française, encore très gaulliste.

 

Quand vous entendez Nicolas Sarkozy réhabiliter l'Etat, annoncer la création d'un fonds stratégique d'investissement, vous saluez sa conversion à gauche ?

 

Nullement. Pour résoudre la crise, nous avons besoin de deux choses : du pragmatisme et des règles. Cela, la droite peut le faire. Mais la gauche pose dès l'abord la question de la redistribution des richesses, ce que Nicolas Sarkozy ne fait pas.

 

Au nom de ce pragmatisme, auriez-vous voté le plan de soutien bancaire de Nicolas Sarkozy ?

 

Naturellement, tout en disant qu'il ne résout pas les problèmes de fond. Je ne supporte pas l'opposition systématique. Les Français non plus.

 

La crise ne risque-t-elle pas d'avoir de graves conséquences sur les pays du Sud ?

 

La demande venant du Nord va être amputée et les pays du Sud vont gravement le ressentir. Il faudra accroître l'aide au développement, quantitativement et qualitativement. D'autant que la crise risque de porter les pays du Nord à se fermer encore un peu plus. Plus les temps sont durs, plus le chômage menace, plus le travail se précarise et plus la peur de l'autre s'accroît. Or la peur est mauvaise conseillère. Le cas de l'Europe est exemplaire : il nous faudrait accueillir 2 ou 3 millions d'immigrés par an pour que, sur le long terme, nos populations restent stables et que nos retraites soient assurées. Tout le monde le sait. Mais cette nécessité ne suffit pas à convaincre.

 

"La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part", disiez-vous en 1989. Et aujourd'hui ?

 

Nous essayons tous de contenir l'immigration venant des pays pauvres, qu'on ne peut quantitativement absorber. Le problème est de le faire avec décence et humanité. Et de s'en tenir à des critères clairs. Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux (ministre de l'immigration) disent vouloir une immigration de travail et affirment développer une politique respectueuse des droits de l'homme. Mais, sous couvert d'agir au "cas par cas", on se met à expulser sans discernement des travailleurs sans papiers mais intégrés. Il y a là un double langage malhonnête. D'autant plus que policiers et préfectures sont soumis à des quotas d'expulsion, ce qui les pousse à agir sans tenir compte d'aucun critère et produit des drames déshonorants pour un pays civilisé. Les sans-papiers qui ont un travail ont vocation à être régularisés. Nous sommes passés d'une politique nécessaire et dure à une politique inhumaine et scandaleuse.

 

Face à cela, la société civile n'a-t-elle pas un rôle de garde-fou à jouer ?

 

Si. Et à ce titre, il n'est pas admissible de vouloir dominer le pouvoir d'investigation et de contrôle des associations humanitaires. La tentative qui est faite de retirer à la Cimade la défense des étrangers en rétention pour confier cette mission à des associations dont l'expérience, la libre expertise et l'indépendance sont moins assurées est inquiétante pour les droits de l'homme. La Cimade a toujours agi avec esprit de responsabilité, elle ne s'est jamais permise de demander l'ouverture générale de toutes les frontières. Elle est dure lorsqu'elle observe des traitements dégradants. Premier ministre, j'y ai moi-même été confronté, mais nous étions chacun dans notre rôle et ses critiques m'ont été utiles pour éviter les dérives. Je crains que le souci du gouvernement actuel ne soit de diminuer l'opposition à ses mauvaises pratiques, ce qui ne ferait qu'aggraver le degré d'inhumanité de sa politique.

Par Nick - Publié dans : A la recherche de la gauche perdue - Communauté : Social-démocratie
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 15:17
Oula... Longtemps que je n'étais pas venu.... Je ne sais pas trop pourquoi.... Peut-être l'impression que l'histoire a rebasculé depuis cet été... Ou alors que des parenthèse se referment... Et donc le besoin de reflechir à tout ça, de prendre le temps pour ça...

Car quelle belle fin d'été 2008 quand même...

Ou l'on redécouvre d'abord et enfin, grâce à la crise géorgienne, que l'hyperpuissance américaine n'en reste pas moins incapable de dicter seule sa loi (juste ou non, là n'est pas la question) au monde.

Or il n'y a pas de salut qui dure en dehors de la multilatéralité, en dehors de la coopération entre les Etats.

Il n'y a pas non plus de paix qui peut s'installer durablement si l'on "fabrique" un ennemi russe en étendant l'OTAN à ses frontières et en installant des missiles en Pologne - et l'on veut faire une politique étrangère commune avec ces gens là ????

Et il ne peut y avoir de paix au Proche-Orient tant que le conflit israélo-palestinien ne sera pas réglé, quand bien même l'on détournerait l'attention de tous sur un terrorisme islamiste que nous avons nourri nous.

La parenthèse Bush, à laquelle paradoxalement nos dirigeants européens se sont ralliés en majorité sur le tard malgré leurs opinions publiques, est finie. Il faut en revenir à l'esprit de la fin des années 90.


Où l'on redécouvre ensuite que la "révolution conservatrice reaganiène" des années 80, rompant avec les politiques d'égalité mises en place au lendemain du krach de 1929 par les démocrates américains (le New Deal Rooseveltien) a conduit le monde là où il est aujourd'hui.

L'élection d'Obama dans une semaine, si elle devait avoir lieu (croisons les doigts) pourrait sonner le glas définitif de ces politiques conservatrices à l'oeuvre depuis près de 30 ans - lesquelles sont de toute manière condamnées à terme, démographiquement et sociologiquement. Or un tel changement peut avoir un impact chez nous, si nous le voulons. Car ne croyez pas que gauche et droite aux USA, c'est la même chose - ce poncif déversé par la presse... et les partis de droite, que ça arrange.

C'était vrai de la fin de la seconde guerre mondiale à la fin des années 70, par un accord sur... la politique de gauche mise en place par les démocrates (le New Deal, le Welfare State), au point qu'un Président républicain, Nixon... augmenta les impôts des plus riche à... 73% après que Kennedy et Johnson les eurent baissé... Normal, ils étaient à... 91% sous Eisenhower, autre Président... républicain !!! Parce que quand c'est la crise, quand une Nation souffre, TOUT le monde doit contribuer à hauteur de ses moyens ! Transmis à Sarko et son paquet fiscal...

Ce fut hélas vrai aussi à partir des années 80, mais par défaut, sur le programme conservateur de Reagan cette fois. Car pendant plus de 20 ans, les démocrates ont tatoné politiquement et culturellement pour reconquérir ces électeurs démocrates du Sud qui les avaient quittés à cause (et tant mieux !!!) des droits civiques donnés aux noirs dans les années 60.
Ces "ploucs" votant a contrario de leurs intérêts pour des politiques privilégiant les plus riches - alors qu'ils n'en font pas partie !
Ces "petits blancs" distraits qu'ils étaient par les harangues sur l'avortement, le mariage gay, les théories de Darwin... et un ostracisme social (les pauvres le sont... parce qu'ils ont choisi de l'être) qui faisait écho subliminalement à leur racisme latent (car les noirs sont les pauvres)... Vous savez, c'est comme l'insécurité qui permet à la droite via TF1 de détourner le "prolo" de ses intérêts, en désignant comme son ennemi celui qui est plus malheureux que lui...
Oui, certes, il y eut Clinton, mais un Clinton sans vrai mouvement derrière lui, et avec un Congrès républicain pendant 6 de ses 8 années de mandat.

Et puis le bourbier irakien a réveillé les démocrates - enfin certains d'entre eux - de leur torpeur "plus patriote que moi, tu meurs" qui les faisaient mettre leur drapeau social dans leur poche. Et cette crise, de par ses raisons et son impact, est venu enfin remettre les pendules à l'heure. Oui, vive la crise !!!

Oui, il y a un débat droite-gauche, aux Etats-Unis.
Et il est féroce malgré les assauts d'amabilité des candidats, passionant, et très tranché, sur la hausse de la fiscalité, la mise en place d'une couverture maladie universelle, la moralisation des marchés autrement que par les réprimandes façon MEDEF/Parisot, l'éducation, l'environnement, l'énergie, tous ces points qui forment la ligne de front entre la société et les puissances d'argent, entre le progrès et la courte-vue de la cupidité... Et si la gauche américaine l'emporte, oui, la gauche, car les thèmes de campagne d'Obama  feraient pâlir d'envie certains de nos "ténors" socialistes, sans compter la forme, le mouvement qu'il a su créer contrairement à Clinton et aux démocrates des années 80-90..., alors ça peut secouer bien des choses chez nous.

Car cet echec du conservatisme américain, c'est la démonstration que la voie que les droites européennes ont essayée de nous faire emprunter au cours de ces dernières années, et tout particulièrement Sarko en France,  ne peut conduire finalement qu'au chaos économique et social. Non que l'économie de marché au sens strict du terme soit en cause. C'est le fait de nous avoir fait croire que la cupidité et sa cousine l'avarice, car c'est de ça dont il s'agit sous les termes "libération des énergies créatrices" qui présentent moralement mieux, étaient les seuls moteurs possibles de la croissance et devaient donc être laissées libre de toute contrainte.

Or en fait de croissance, il y eut surtout des transferts de richesse de bas en haut. "La richesse ruisselle d'en haut" nous dit la droite. Peut-être, mais en un maigre filet qui n'a pas compensé ce que le bas a perdu au profit du haut depuis le début des années 80. Car quand les plus hauts revenus augmentent plus que la croissance du pays, d'où vient ce surplus ? Du bas, qui globalement perd, directement (chomage, ajustement salariaux) ou indirectement (réduction de la protection sociale). Lorsque le partage de la richesse entre salaires et capital en France passe en 20 ans d'un ratio de 60-40 à celui de 40-60, c'est qu'il ya transfert du bas vers le haut. Que n'a-t-on d'ailleurs fait de ces simples chiffres le coeur de la campagne présidentielle, à gauche ??? Tout était là pour vider le discours sarkozyste de son sens.

Car face à cette réalité de partage inégalitaire de la croissance, il ne sert à rien le trop fameux "travailler plus pour gagner plus", comme aux Etats-Unis où il devient courant chez les moins aisés d'avoir 2 emplois pour s'en sortir, cette sornette de Sarko qui ne fait que renforcer l'inégalité. Sornette que les faits et les chiffres en Europe contredisent... Saviez-vous qu'on travaille individuellement moins en Suède qu'en Grèce ? Et dans lequel de ces 2 Etats a-t-on le plus haut PIB par habitant ? Lequel de ces 2 Etats a le plus haut niveau de prélèvement fiscal, et donc de redistribution ?  Et où vit-on le mieux selon vous (soleil, mer et bouffe mis à part, of course) ?

C'est la société qui globalement doit travailler plus
(donc mettre tout le monde au travail quitte à le "partager"), et répartir ensuite les fruits de sa croissance équitablement entre tous, sous des formes diverses (rémunération, fiscalité, protection sociale, mais aussi temps libre). C'est ça le progrès, le contraire de la jungle que veulent nous imposer les prédateurs en faisant croire au gibier qu'il pourra goûter à leur festin.

Oui, en cette fin d'été, il y a beaucoup de choses à réinventer à gauche. Et y compris l'Europe - quitte à la refonder en s'opposant à son développement en l'état: je reste un  pro-européen noniste -  qui n'est pas à la hauteur des événements.... parce qu'elle ne peut pas l'être faute de politique économique commune, donc industrielle, fiscale et budgétaire. Car l'ensemble des plans mis en oeuvre par les Etats européens pour sauver notre système financier sont contraires.... au droit européen, Lisbonne compris !!! Mais chûûûûût, ne le dîtes pas !!

Ah, ç'aurait été autre chose s'il s'était agi de sauver des emplois industriels, et non nos rentiers....

Bonne journée !
Par Nick - Publié dans : A la recherche de la gauche perdue - Communauté : Social-démocratie
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Jeudi 11 septembre 2008 4 11 /09 /Sep /2008 14:13
Je me souviens que le 11 septembre 2001, vers 14h00 je crois, je rentrais dans une banque, à Genêve. Pendant que j'attendais que l'on vienne me chercher pour mon rendez-vous (honorable, je vous rassure), je regardais distraîtement un poste de télévision qui, au lieu d'afficher les cours boursiers, montrait l'une des tours du World Trade Center (WTC) en feu. Un bandeau indiquait qu'un avion s'y était écrasé. Sans plus de détail.

Je me souviens que pendant mon rendez-vous, mon interlocuteur fut dérangé par un de ses collègues qui l'informât rapidement qu'un avion venait de percuter le WTC. J'indiquais que la télé en montrait les images. Nous nous sommes interrogés sur ce qui avait bien pu se passer. Une crise cardiaque du pilote peut-être ? Nous ne savions pas que ledit collègue parlait de la seconde tour, et que ce n'était donc plus un accident.

Je me souviens que sortant dans les rues de Genêve, m'asseyant à une terrasse pour boire un café, j'entendis une italienne en grande discussion téléphonique parler de "terza guerra mondiale". Je ne comprenais pas. Ce n'est qu'en rentrant chez les amis qui m'hébergeaient, après une longue flânerie le long des berges du lac Léman, que j'appris ce qui s'était passé.

Je me souviens que je repartis le soir même en avion vers Bruxelles (avec un coûteau suisse dans mon bagage à main...). L'aéroport de Genêve était désert - je me souviens encore des hotesses au sol appelant en vain des passagers inexistants à se rendre à l'enregistrement. Nous n'étions pas même une dizaine dans un avion silencieux. La peur était palpable.

Je me souviens de chaque instant de cette journée et de toute les pensés qui me traversèrent l'esprit - dont celle (réjouissante) que mon banquier venait de perdre son bonus de l'année...  Je me souviens surtout que "j'entendais" les cris d'horreur des victimes.

Mais malgré ce souvenir vivace, je me souviens que ce jour là je ne me suis pas senti américain. Ni les jours suivants d'ailleurs.

Parce que se sentir américain, tout compris, c'était finalement se sentir proche de l'assassin.

Car qui a fabriqué les Ben Ladens du Moyen-Orient en recourant à leur service depuis la fin des années 70 pour contre-carrer l'URSS et ses alliés (mais aussi la France, tiens...) dans ce "grand jeu" dont l'Asie Centrale, le Moyen-Orient, sont l'échiquier depuis le début du 20ième siècle - et ses populations les victimes malgré elles?
Qui a fournit à ce Ben Laden particulier des Talibans protecteurs de ses activités, pour un oléoduc qui ne se fit finalement pas ?
Qui a fourni à ces Ben Ladens leurs soldats, enfants révoltés d'un Proche et d'un Moyen Orient asservis aux intérêts de "l'homme blanc pétrolivore", de Washington à Moscou en passant par Londre, Paris et Tel Aviv ?
Et qui, depuis, prétextant du 11 septembre pour justifier ses conquêtes arrogantes, a encore plus renforcé ce fanatisme désespéré et désespérant des désespérés de cette région, de Tel Aviv à Bagdad ?

Le lendemain, à Bruxelles, je ne me rendis pas avec mes collègues devant l'un ou l'autre des bâtiments de la Commission européenne pour observer une minute de silence à la mémoire des morts du WTC.

Car on ne le fait pas pour les autres WTC de ce monde.

Ainsi, chaque semaine, dans un Congo oriental maudit de ses richesses géologiques et des convoitises qu'elles génèrent, livré aux bandes armées, c'est un WTC qui se produit.
De même, chaque jour, 3000 enfants meurent du paludisme en Afrique et en Asie, alors que l'éradication de cette maladie coûterait tellement moins cher qu'une guerre d'Irak.
Et l'on pourrait continuer la liste de ces "WTC quotidiens" jusqu'au dégoût d'être ce que l'on est... blanc, occidental, en bonne santé, vivant à l'aise (même au RMI), et donneur immoraux de leçons de morale au monde... le contraire des victimes non-médiatiques de ce monde en folie.
 
D'ailleurs, c'est peut-être ça le problème: c'est qu'on n'est pas comme eux, finalement.

Non ?

Bonne journée.

PS: comme le souligne fort justement l'ami Antoine ici, le 11 septembre c'est aussi le triste anniversaire de la mort de Salvador Allende et de la démocratie au Chili (et quelques miliers de citoyens...), à la suite d'un coup d'Etat soutenu par... qui vous savez. Il y a de ces télescopages dont l'histoire a le secret....
Par Nick - Publié dans : Et le Monde, dans tout ça ? - Communauté : Les blogs citoyens
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Mardi 9 septembre 2008 2 09 /09 /Sep /2008 11:34

... même si ça risque de ne pas changer grand chose... Mais c'est plus fun, quand même !

http://www.koreus.com/video/john-mccain-barack-obama-rick-rolled.html

Bonne journée

Par Nick - Publié dans : Et le Monde, dans tout ça ? - Communauté : Les blogs citoyens
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