J'ai un collègue devenu ami, grec, de droite. Coco, qu'on le nomme.
Il a 20 balais de plus que moi. Je l'ai recruté il y a quelques années de ça. Il débarquait alors, après un gadin commercial en Allemagne, d'un Zaïre Mobutisé devenu Congo où il fit ses dents de
businessman, dans un monde d'enmerdes et d'embrouilles, de démerdes et de débrouilles; où le matabish (le pot de vin local) est roi; où survivre n'est déjà pas simple,
alors vivre bien... un exploit.
Un vrai poème Coco. Sa vie pourrait faire l'objet d'un roman, qui, outre les contrées sauvages susmentionées (mais non, pas l'Allemagne), passerait par Alexandrie, le
quartier de Plaka aux pieds de l'Acropole, une synagogue, et s'échouerait sous les douceurs de Corfou, l'île aux fleurs. Et que dire de sa découverte à près de 60 ans, dans mon équipe,
d'une "administration moderne", de l'informatique ("Patrrron, ça dans la brousse ça n'existe pas") et ses acronymes débile ("Mais il est idiot CPM"... qui est
un système, pas une personne...), la hiérarchie, l'Europe, ou la dictature de la Loi ("On ne matabishe pas ici Patrrrron ?").
Il est devenu un pilier de mon équipe, avec cette sagesse de ceux qui ont vécu à la dure et ne doivent rien à personne, et le relativisme de ceux qui en ont vu d'autres; mais aussi un
"père", un confident, enfin plein-plein de choses avec sa tronche à la Luciano Benetton - car le grec vieillisant est toujours beau avec ses cheveux blancs sur peau mate.
C'est mon "Coco", quoi.
Et il est de droite.... Et alors ? Où est le problème ? Depuis que je suis de gauche - et ai fait mon stage chez les socialos du Nord et à l'UNEF-ID à mes tendres 18 ans, j'ai compris que la connerie se partageait équitablement entre les deux camps, sans oublier le centre pour ne pas facher Baille-Roue. Il est de droite et moi je
suis de gauche, c'est tout, et on s'en fout.
Et on en rigole, même. Car comme il est de droite, le Coco, et bein il me taquine c'te vilain, en me
vouvoyant d'un "Vous" ramenant la gauche mondiale à ma pauvre personne, en blagant sur la gauche française, sur "la" Royale, sur "le fromage de" Hollande (il n'a pas
compris que nous on l'appelle Flamby...). Et of course, il vante Sarko dès qu'il en fout plein la tronche à la gauche. Bref, il s'amuse et c'est vrai qu'il y a d'quoi…
Et en retour ? Bein moi je le chambre en lui parlant de rêve de voir la Turquie adhérer à l'Union (ah les
vieilles rancoeurs...), je l'accuse d'être un colonel grec, mais surtout je lui explique que ses copains de Neia Democratia (l'UMP grec, pour faire simple) sont des voleurs. "Voleurrrrrrs,
Coco, voleurrrrrrs !!!" que je lui dis.
Vous croyez que ça le trouble c't'accusation ? Non. Sa réponse est toujours la même "Autant que vous, mais nous, on ne fait que déplacer la richesse comme le disait Mobutu".
A droite, on déplace la richesse… Bein il croyait pas si bien dire, non ? Car qu'est-ce qu'il
vient de nous faire Sarko ? Un (nouveau) déplacement de solidarité fiscale.
Il nous avait d'abord menacé de faire financer le Revenu de Solidarité Active pour les plus pauvres des français par... les moins pauvres d'entre eux, pendant que
les heureux contribuables soumis à l'Impôt Sur la Fortune bénéficiaient, eux, du bouclier fiscal, de la diminution des tranches d'imposition et de la quasi-disparatition
des droits de sucession - sans compter la compassion de TF1.
Mais bon ça faisait sans doute "trop" de la part de celui qui prétendait tirer le pouvoir d'achat vers le haut avec les dents, et qui n'a à ce jour que tiré son propre salaire vers le haut
en souriant.
Alors il s'est ravisé: finalement il ne déplace cette solidarité fiscale que vers la masse des épargnants, c'est à dire les plus riches des pauvres ou les plus pauvres des moins riches,
c'est selon vot' bon coeur. En d'autres termes nos fameuses classes moyennes.
Alors c'est mieux, quand même. Enfin je veux dire que ça fait moins "tâche" sur notre "République sociale" qui fout le camps. Tiens même Libé a applaudit, dans un premier temps du moins,
soulignant en plus, et comme Le Monde, un certain génie tactique...
Pauvreté du débat, hein ? Comme si la solidarité entre français relevait de la tactique politique, autre nom du vice... Car derrière ça, au final on sait où sont les gagnants de deux ans de
déplacements fiscaux: là-haut, tout la-haut. Et on sait qui sont les perdants: ceux qui, en bas, payent à leur place les factures de la solidarité nationale, où ceux encore plus bas dont les
factures de solidarité sont dorénavant refusées faute de crédit. Car la banqueroute guette, sauf à penser que comme le nuage de Tchernobyl (tiens déjà sous la droite...), la crise
des subprimes allait s'arrêter aux belles frontières de la France. Or c'est simple l'économie. Très.
Alors oui, oui, ouiiiiiiiiiiiiii, il a raison Flamby, c'est
injuste socialement. C'est de droite, ça, typiquement. Na !
Mais dans le même temps, voyez-vous, tout ça là...ben... allez, j'ose, je me lâche.... ça me fait
hurler de rire !
Car dans le lot de ces épargnants empapaoutés, dans cette classe moyenne, ben il y a aussi le grand flot des parvenus, de nos ex-soixante-huitards prétentieux, embourgeoisés et devenus cons à
force comme le chantait Brel, qui ont voté Sarko pour protéger leurs pognon sous couvert de philosophie sociale nordico-libérale ou de géopolitique sur le péril islamiste. Un
peu comme les gars de Canal + se moquant de la World Company via les Guignols, mais hurlant contre Messier à cause de la chute du cours de leurs actions Vivendi.
Et puis dedans, y a aussi tous ces prolos oublieux de leurs origine, les bons beaufs qui pètent plus haut que
leurs culs parce qu'ils ont trois sous de côté, qui pensent "en être", eux, parce que TF1 et Jean-Pierre Pernaud leur font partager les "soucis" de ceux qui vomissent leurs thûnes tellement
qu'ils en ont, et qui donnent des leçons à ceux qui ne s'en sortent pas.
Oui, les voilà bien cocus tous ces types qui ont voté pour la loi et l'ordre contre ceux d'en dessous… et qui finalement payent pour l'ordre dans la loi voulue par ceux
d'au-dessus, tout là-haut-là-haut, là où ils n'iront jamais, sauf s'ils gagnent au Lotto (qui alimente les caisses vides de l'Etat). Parce que noyé dans la moyenne des situations, il y a aussi la médiocrité des consciences et des âmes. La sous-classe dans
la classe, quoi, mais sans LA classe....
Alors vous voyez, finalement, j'l'aime bien not' Sarko, et je comprends mon Coco: parce qu'il est
caricaturalement – vulgarité comprise – de droite, certes; mais surtout parce que lui, les cocus, comme les cons, il ne les laisse jamais se reposer. Quel talent !!!
Bonne journée.
Z'avez dit...