Jeudi 11 septembre 2008
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Je me souviens que le 11 septembre 2001, vers 14h00 je crois, je rentrais dans une banque, à Genêve. Pendant que j'attendais que l'on vienne me chercher pour mon rendez-vous (honorable, je vous
rassure), je regardais distraîtement un poste de télévision qui, au lieu d'afficher les cours boursiers, montrait l'une des tours du World Trade Center (WTC) en feu. Un bandeau indiquait qu'un
avion s'y était écrasé. Sans plus de détail.
Je me souviens que pendant mon rendez-vous, mon interlocuteur fut dérangé par un de ses collègues qui l'informât rapidement qu'un avion venait de percuter le WTC. J'indiquais que la télé en
montrait les images. Nous nous sommes interrogés sur ce qui avait bien pu se passer. Une crise cardiaque du pilote peut-être ? Nous ne savions pas que ledit collègue parlait de la seconde tour, et
que ce n'était donc plus un accident.
Je me souviens que sortant dans les rues de Genêve, m'asseyant à une terrasse pour boire un café, j'entendis une italienne en grande discussion téléphonique parler de "
terza guerra
mondiale". Je ne comprenais pas. Ce n'est qu'en rentrant chez les amis qui m'hébergeaient, après une longue flânerie le long des berges du lac Léman, que j'appris ce qui s'était
passé.
Je me souviens que je repartis le soir même en avion vers Bruxelles (avec un coûteau suisse dans mon bagage à main...). L'aéroport de Genêve était désert - je me souviens encore des
hotesses au sol appelant en vain des passagers inexistants à se rendre à l'enregistrement. Nous n'étions pas même une dizaine dans un avion silencieux. La peur était palpable.
Je me souviens de chaque instant de cette journée et de toute les pensés qui me traversèrent l'esprit - dont celle (réjouissante) que mon banquier venait de perdre son bonus de
l'année... Je me souviens surtout que "j'entendais" les cris d'horreur des victimes.
Mais malgré ce souvenir vivace, je me souviens que ce jour là
je ne me suis pas senti américain. Ni les jours suivants d'ailleurs.
Parce que se sentir américain, tout compris, c'était finalement se sentir proche de l'assassin.
Car qui a fabriqué les Ben Ladens du Moyen-Orient en recourant à leur service depuis la fin des années 70 pour contre-carrer l'URSS et ses alliés (mais aussi la France, tiens...) dans ce "grand
jeu" dont l'Asie Centrale, le Moyen-Orient, sont l'échiquier depuis le début du 20ième siècle - et ses populations les victimes malgré elles?
Qui a fournit à ce Ben Laden particulier des Talibans protecteurs de ses activités, pour un oléoduc qui ne se fit finalement pas ?
Qui a fourni à ces Ben Ladens leurs soldats, enfants révoltés d'un Proche et d'un Moyen Orient asservis aux intérêts de "l'homme blanc pétrolivore", de Washington à Moscou en passant par
Londre, Paris et Tel Aviv ?
Et qui, depuis, prétextant du 11 septembre pour justifier ses conquêtes arrogantes, a encore plus renforcé ce fanatisme désespéré et désespérant des désespérés de cette région, de Tel Aviv à
Bagdad ?
Le lendemain, à Bruxelles, je ne me rendis pas avec mes collègues devant l'un ou l'autre des bâtiments de la Commission européenne pour observer une minute de silence à la mémoire des morts du
WTC.
Car on ne le fait pas pour les autres WTC de ce monde.
Ainsi, chaque semaine, dans un Congo oriental maudit de ses richesses géologiques et des convoitises qu'elles génèrent, livré aux bandes armées, c'est un WTC qui se produit.
De même, chaque jour, 3000 enfants meurent du paludisme en Afrique et en Asie, alors que l'éradication de cette maladie coûterait tellement moins cher qu'une guerre d'Irak.
Et l'on pourrait continuer la liste de ces "WTC quotidiens" jusqu'au dégoût d'être ce que l'on est... blanc, occidental, en bonne santé, vivant à l'aise (même au RMI), et donneur immoraux de leçons
de morale au monde... le contraire des victimes non-médiatiques de ce monde en folie.
D'ailleurs, c'est peut-être ça le problème: c'est qu'on n'est pas comme eux, finalement.
Non ?
Bonne journée.
PS: comme le souligne fort justement l'ami Antoine
ici, le 11 septembre c'est aussi le
triste anniversaire de la mort de Salvador Allende et de la démocratie au Chili (et quelques miliers de citoyens...), à la suite d'un coup d'Etat soutenu par... qui vous savez. Il y a de ces
télescopages dont l'histoire a le secret....