Oula... Longtemps que je n'étais pas venu.... Je ne sais pas trop pourquoi.... Peut-être l'impression que l'histoire a rebasculé depuis cet été... Ou alors que des parenthèse se referment... Et
donc le besoin de reflechir à tout ça, de prendre le temps pour ça...
Car quelle
belle fin d'été 2008 quand même...
Ou l'on redécouvre d'abord et enfin, grâce à la crise géorgienne, que l'hyperpuissance américaine n'en reste pas moins incapable de dicter seule sa loi
(juste ou non, là n'est pas la question) au monde.
Or il n'y a pas de salut qui dure en dehors de la multilatéralité, en dehors de la coopération entre les Etats.
Il n'y a pas non plus de paix qui peut s'installer durablement si l'on "fabrique" un ennemi russe en étendant l'OTAN à ses frontières et en installant des missiles en Pologne - et l'on veut
faire une politique étrangère commune avec ces gens là ????
Et il ne peut y avoir de paix au Proche-Orient tant que le conflit israélo-palestinien ne sera pas réglé, quand bien même l'on détournerait l'attention de tous sur un terrorisme islamiste que nous
avons nourri nous.
La parenthèse Bush, à laquelle paradoxalement nos dirigeants européens se sont ralliés en majorité sur le tard malgré leurs opinions publiques, est finie. Il faut en revenir à l'esprit de la fin
des années 90.
Où l'on redécouvre ensuite que la "révolution conservatrice reaganiène" des années 80, rompant avec les politiques d'égalité mises en place au lendemain
du krach de 1929 par les démocrates américains (le New Deal Rooseveltien) a conduit le monde là où il est aujourd'hui.
L'élection d'Obama dans une semaine, si elle devait avoir lieu (croisons les doigts) pourrait sonner le glas définitif de ces politiques conservatrices à l'oeuvre depuis près de 30 ans -
lesquelles sont de toute manière condamnées à terme, démographiquement et sociologiquement.
Or un tel changement peut avoir un impact chez nous, si nous le
voulons. Car ne croyez pas que gauche et droite aux USA, c'est la même chose - ce poncif déversé par la presse... et les partis de droite, que ça arrange.
C'était vrai de la fin de la seconde guerre mondiale à la fin des années 70, par un accord sur... la politique de gauche mise en place par les démocrates (le New Deal, le Welfare State), au point
qu'un Président républicain, Nixon... augmenta les impôts des plus riche à... 73% après que Kennedy et Johnson les eurent baissé... Normal, ils étaient à... 91% sous Eisenhower, autre Président...
républicain !!! Parce que quand c'est la crise, quand une Nation souffre, TOUT le monde doit contribuer à hauteur de ses moyens !
Transmis à Sarko et
son paquet fiscal...
Ce fut hélas vrai aussi à partir des années 80, mais par défaut, sur le programme conservateur de Reagan cette fois. Car pendant plus de 20 ans, les démocrates ont tatoné
politiquement et culturellement pour reconquérir ces électeurs démocrates du Sud qui les avaient quittés à cause (et tant mieux !!!) des droits civiques donnés aux noirs dans les années
60.
Ces "ploucs" votant
a contrario de leurs intérêts pour des politiques privilégiant les plus riches - alors qu'ils n'en font pas partie !
Ces "petits blancs" distraits qu'ils étaient par les harangues sur l'avortement, le mariage gay, les théories de Darwin... et un ostracisme social (les pauvres le sont... parce qu'ils ont
choisi de l'être) qui faisait écho subliminalement à leur racisme latent (car les noirs sont les pauvres)... Vous savez, c'est comme l'insécurité qui permet à la droite via TF1 de détourner le
"prolo" de ses intérêts, en désignant comme son ennemi celui qui est plus malheureux que lui...
Oui, certes, il y eut Clinton, mais un Clinton sans vrai mouvement derrière lui, et avec un Congrès républicain pendant 6 de ses 8 années de mandat.
Et puis le bourbier irakien a réveillé les démocrates - enfin certains d'entre eux - de leur torpeur "plus patriote que moi, tu meurs" qui les faisaient mettre leur drapeau social dans leur
poche. Et cette crise, de par ses raisons et son impact, est venu enfin remettre les pendules à l'heure.
Oui, vive la crise !!!
Oui, il y a un débat droite-gauche, aux Etats-Unis. Et il est féroce malgré les assauts d'amabilité des candidats, passionant, et
très tranché, sur la hausse de la fiscalité, la mise en place d'une couverture maladie universelle, la moralisation des marchés autrement que par les réprimandes
façon MEDEF/Parisot, l'éducation, l'environnement, l'énergie,
tous ces points qui forment la ligne de front entre la société et les puissances d'argent,
entre le progrès et la courte-vue de la cupidité... Et si la
gauche américaine l'emporte, oui, la gauche, car les thèmes de
campagne d'Obama feraient pâlir d'envie certains de nos "ténors" socialistes, sans compter la forme, le
mouvement qu'il a su
créer contrairement à Clinton et aux démocrates des années 80-90..., alors ça peut secouer bien des choses chez nous.
Car cet echec du conservatisme américain, c'est la
démonstration que la voie que les droites européennes ont essayée de nous faire emprunter au
cours de ces dernières années, et tout particulièrement Sarko en France, ne peut conduire finalement qu'au chaos économique et social. Non que l'économie de marché au sens strict du
terme soit en cause. C'est le fait de nous avoir fait croire que
la cupidité et sa cousine l'avarice, car c'est de ça dont il s'agit
sous les termes "libération des énergies créatrices" qui présentent moralement mieux, étaient les seuls moteurs possibles de la croissance et devaient donc être laissées libre de
toute contrainte.
Or en fait de croissance, il y eut surtout des transferts de richesse de bas en haut. "
La richesse ruisselle d'en haut" nous dit la droite. Peut-être, mais en un maigre filet qui
n'a pas compensé ce que le bas a perdu au profit du haut depuis le début des années 80. Car quand les plus hauts revenus
augmentent plus que la
croissance du pays, d'où vient ce surplus ?
Du bas, qui globalement perd, directement (chomage, ajustement salariaux) ou
indirectement (réduction de la protection sociale). Lorsque le partage de la richesse entre salaires et capital en France
passe en 20 ans d'un ratio
de 60-40 à celui de 40-60, c'est qu'il ya transfert du bas vers le haut. Que n'a-t-on d'ailleurs fait de ces simples chiffres le coeur de la campagne présidentielle, à
gauche ???
Tout était là pour vider le discours sarkozyste de son sens.
Car face à cette réalité de partage inégalitaire de la croissance, il ne sert à rien le trop fameux "
travailler plus pour gagner plus", comme aux Etats-Unis où il devient courant chez les
moins aisés d'avoir 2 emplois pour s'en sortir, cette sornette de Sarko qui ne fait que renforcer l'inégalité. Sornette que
les faits et les chiffres en Europe
contredisent... Saviez-vous qu'on travaille
individuellement moins en Suède qu'en Grèce ? Et dans lequel de ces 2 Etats
a-t-on le plus haut PIB par habitant ? Lequel de ces 2 Etats a le plus haut niveau de prélèvement fiscal, et donc de redistribution ? Et où vit-on le mieux selon vous (soleil, mer et
bouffe mis à part,
of course) ?
C'est la société qui globalement doit travailler plus (donc mettre tout le monde au travail quitte à le "partager"), et répartir ensuite les fruits de sa croissance
équitablement entre tous, sous des formes diverses (rémunération, fiscalité, protection sociale, mais aussi temps libre).
C'est ça le
progrès, le contraire de la jungle que veulent nous imposer les prédateurs en faisant croire au gibier qu'il pourra goûter à leur festin.
Oui, en cette fin d'été, il y a beaucoup de choses à réinventer à gauche.
Et y compris l'Europe - quitte à la refonder en s'opposant à son
développement en l'état:
je reste un pro-européen noniste - qui n'est pas à la hauteur des événements....
parce qu'elle ne peut pas l'être faute de politique économique commune, donc industrielle, fiscale et budgétaire. Car l'ensemble des plans mis en oeuvre
par les Etats européens pour sauver notre système financier sont contraires.... au droit européen,
Lisbonne compris !!! Mais
chûûûûût, ne le dîtes pas !!
Ah, ç'aurait été autre chose s'il s'était agi de sauver des emplois industriels, et non nos rentiers....
Bonne journée !
Z'avez dit...