Les irlandais - pas leurs autorités, pas leurs élus, mais le peuple - ont donc dit non au Traité de Lisbonne, cette mouture technique du défunt
projet de Constitution européenne.
Faut-il en être satisfait ? Je n'en sais rien: il y a dans le "non" tant de positions différentes, entre ceux qui sont attirés par un repli nationaliste, ceux qui ne veulent pas
bouger, ou ceux, comme moi, qui veulent une autre Europe.
Non en fait, je n'en suis pas satisfait, bien que "noniste" en 2005: si l'on veut une Union Européenne démocratique, PAR et POUR les peuples, véritable espace démocratique
dans lequel toutes les options politiques ont droit de cité et peuvent être mises en oeuvre, on ne peut pas plus être satisfait de ce "non" que d'un "oui"... parce qu'il est craindre que ça
ne change rien.
Car c'est la même histoire qui recommence, déjà, cette abîme qui se creuse continuellement entre nos "élites à la mondialisation heureuse" et les peuples européens - même
Libé (sans July il est vrai) commence à pointer cet antagonisme, c'est dire. Cela va de la négation à la manière de mes collègues ("on continue la ratification"), au mépris pour le vote
des irlandais façon Hortefeux ("1% des européens ne peut bloquer l'Europe"). Le fait que le seul peuple consulté ait rejeté cette proposition est ignoré ou mis de
côté comme un simple incident non significatif. Et si on les consultait tous, pour voir ?
Oui, l'Europe continue à se faire SANS les peuples... et comme je l'indiquais dans mon ancien blog (ici et là),
elle finit donc par se faire CONTRE eux. Parce qu'à force de louvoyer pour faire passer des textes, en ne les consultant pas quand on peut l'éviter, en stigmatisant
ceux qui ne votent pas comme on le leur demande et en les faisant revoter jusqu'à ce qu'ils consentent enfin, que ce soit du temps de Maastricht pour les danois, Nice déjà pour les
irlandais, et maintenant cette Constitution rejetée par les français et les néerlandais et réintroduite sous une autre forme "simplifiée", on en vient à accroitre la suspiscion des
peuples quant à ce qu'on leur propose. Car enfin, les 3 dernière consultations populaires ont été négatives... Va-t-on continuer à faire comme si de rien n'était ?
Je suis pro-européen, et férocement même. Et pas uniquement parce qu'elle représente la moitié de ma vie d'enfant et de ma vie d'adulte. Sauf en matière de rugby (j'vous laisse
le foot.. 1-4 ? Waow !!! Uhuhuhuh :op ) et de fromage (quand on a bon goût...), je choisis l'Europe contre la France. Indiscutablement.
Mais pas cette Europe de "ceux qui savent mieux que les autres ce qui est bon pour eux".
Pas cette Europe qui fait disparaître des compétences politiques car elle ne les transfère pas - il n'y a pas de pouvoir économique et fiscal démocratique européen, mais il
y a une impossibilité légale ou de fait pour les Etats d'exercer ces compétences du fait du marché unique.
Pas cette Europe qui mesure son efficacité et sa vitalité à sa capacité à se développer plus, à intégrer plus, à démembrer plus, et non à ses résultats. Voyons nous du progrès
social ? Y'a-t-il d'ailleurs progrès social lorsque l'on fixe le temps de travail à un maxima de 65 heures/semaine ? Qui ne voit pas l'assymétrie de croissance entre capitalet
travail en Europe ?
Pas cette Europe qui interdit légalement toute politique autre que celle d'un centre-droit extrêmement modéré.
Pas cette Europe qui par ses récents élargissements est devenue un supplétif mécanique des Etats-Unis sur la scène internationale - la position européenne sur le conflit
israélo-palestien et le Hamas, d'une bêtise crasse, en étant l'expression la plus parfaite.
Si l'adoption de la Constitution ou du mini-traité eut sans conteste amélioré le fonctionnement institutionnel de l'Union, ces deux textes - enfin un seul puisque c'est le même sous une forme
différente, n'en déplaise à Sarko - ne sont pas nécessaire pour que l'Europe fasse bien ce qu'elle est supposée faire endéans les moyens qui sont les siens.
Alors, que faire ?
A Bruxelles ? Que l'Europe prenne le temps du travail et du débat, pour prouver l'efficacité des ses politiques, sa seule raison d'être - car on ne
construit pas l'Europe pour l'Europe.
A Paris ? Que l'on cesse tout à la fois de la parer de toutes les vertus - Bayrou lors du référendum de 2005 "inventant" sur France Inter que la Constitution
garantissait les 35 heures..., ou de tous les pêchés - le renvoi des routiers et marins-pêcheurs sur Bruxelles et sa TVA plutôt que de baisser la TIPP, déficits obligent (ici)...
Que l'on parle d'Europe vraiment et simplement, sans avoir peur de dire ses défauts pour mieux mettre en exergue ses (plus nombreux) avantages. Que l'on débatte de son utilité, de
ses principes, de ses objectifs. Que l'on consulte les citoyens européen sur ça. Après tout, dans nos pays, en tous les cas en France, une Assemblée consituante chargée de rédiger un projet
de constitution est une Assemblée élue, à l'issue d'une élection sur laquelle l'on débat d'orientations. N'est-ce pas celà, ce débat en amont, qui a cruellement manqué ?
Simplement. Car ce n'est pas aux peuple de reconquérir la confiance de leurs élites... C'est le contraire.
A la prochaine !
Z'avez dit...