Et le Monde, dans tout ça ?

Mardi 16 juin 2009

La communauté internationale est en émoi. Pensez, le premier ministre israélien a ENFIN lâché les mots "État palestiniens".... Obama s'en félicite, l'UE - par sa présidence tchèque aussi...

Mais personne n'est dupe.

Car si les termes "État palestinien" ont été prononcés, force est de constater qu'ils l'avaient déjà été par d'autres, à gauche et au centre de l'échiquier politique israélien. La nouveauté, c'est que c'est le leader du Likoud, le leader du parti du "Grand Israël", le faucon, l'homme qui a foutu en l'air le processus d'Oslo en devenant premier ministre après la mort de Rabin, qui semble s'y rallier... mais sans abandonner les éléments de la rhétorique de son parti concernant les palestinien et leur futur, qui conditionnent la création de cet État.

Lesquels (*)?

- Un État démilitarisé - ça c'est chouette: tout le monde devrait l'être ! - mais soumis à tutelle stratégique d'Israël et dont les frontières et l'action internationale seront donc de facto dépendantes d'Israël.

- Pas de droit au retour des réfugiés palestiniens sur leurs terres dans l'État d'Israël, élément non-négociable... mais pas de gel (et donc continuité du développement) des colonies, dont l'existence fera elle l'objet de négociation. Deux poids, deux mesures.

- Jérusalem capitale unique d'Israël.

- Et évocation pour justifier le tout du lien spécial qui unirait les juifs à la terre, par opposition aux palestiniens.... qui ne feraient qu'y vivre....

Ça, un État ? Non. Il ne serait pas pleinement souverain à ses frontières, il ne serait pas maître de sa population.

Aux termes du programme électoral du Likoud (ne parlons pas de celui de ses alliés extrémistes...), la Palestine autonome (non-indépendante) ne devait être qu'une série de territoires déconnectés les uns des autres, soumis à une autorité n'étant pas le gouvernement d'un État, avec des populations non-israéliennes - c'est à dire ne disposant pas de droits des citoyens israéliens - mais soumise quand même à la souveraineté d'Israël, sous sa tutelle.

Bref, l'autonomie pour ne pas annexer les territoires et leurs populations, et devoir dès lors intégrer les palestiniens dans un État d'Israël qui y perdrait à terme sa nature juive, démographie aidant - et pourtant ce serait sain et moderne un État commun, laïque, déconfessionnalisé. Tout comme il ne fallait pas donner la citoyenneté française aux populations colonisées, parce qu'elles eussent été plus nombreuses que nous - et ça a donné la guerre d'Algérie.

Mais l'autonomie seulement pour ne pas donner l'indépendance et pouvoir continuer ainsi à exercer une souveraineté indirecte sur ces terres via une autorité ou un gouvernement fantoche, et profiter ainsi de ces territoires et de ses ressources - la sécurité d'Israël impliquant sa présence dans la vallée du Jourdain, ce n'est pas la menace jordanienne (qui peut battre Israël, avec ses armements nucléaires ???), c'est le contrôle de l'eau et rien d'autre.

En Afrique du Sud, on donnait aux noirs "l'indépendance sous tutelle" dans des banthoustans aux contours géographiques compliqués, assez similaires finalement à l'actuel  "chapelet d'îlots" autonomes palestiniens. La nouveauté ici, si la "vision" de Bibi Nétanyaou devait s'imposer, ce ne serait qu'un banthoustan dénommé État, une colonie dénommée État, ce qu'en droit international on appelle un État fantoche... qui n'en est donc pas un et ne peut être reconnu comme tel.

Quant à l'opposition du lien des juifs à la terre aux palestiniens qui ne font qu'y vivre, elle fleure bon aussi la colonisation, la distinction entre citoyens (les blancs) et sujets (les autres), ces derniers ne se distinguant des cailloux, végétaux et animaux présents sur les terres conquises que parce qu'ils étaient quand même des être humains... mais inférieurs quand même, donc non-dotés des mêmes droits.

Oui, le discours de Bibi Nétanyahou reste un discours colonialiste et raciste, parce qu'il proclame comme étant supérieur le droit des juifs à la terre, simplement, et ce quand bien même les mots État palestiniens ont été lâchés pour des raisons tactiques.

Et  partant, l'offre de paix de Bibi Netanyahou  peut être résumée à ceci: ce que nous avons pris nous appartient, et ce qui est à vous est négociable,... parce que nous avons plus de droit que vous.

Ça, ce n'est pas une paix durable, car ce ne serait qu'une paix de vainqueur, un nouveau Traité de Versailles qui laisserait intacte la haine et l'esprit de revanche. Quand bien même il y aurait un machin dénommé "État palestinien".

Il ne reste qu'à espérer qu'Obama mettra en accord ses paroles à destination du monde arabo-musulman et ses actes vis à vis d'Israël, en refusant les conditions posées par Bibi Nétanyahou et en maintenant la pression sur lui (celle qui lui a arraché justement les mots "État palestinien"): comme l'espèrent tous les citoyens juifs et arabes épris de paix dans la zone, tous ceux qui ont adhéré au plan de paix officieux de Genêve, il ne peut y avoir de paix durable que si elle est une paix entre égaux partageant ce qui leur est commun.

Tout le contraire de la vision de Bibi Nétanyahou, quand bien même il y aurait un "État ".

Car la paix ne se paye pas de mots.



(*)Pour ceux que la douloureuse question israélo-palestinienne intéresse, on ne peut que conseiller la lecture journalière (car il s'en passe des choses tous les jours) de l'excellent blog "Guerre ou Paix. Décryptage des relations israélo-palestiniennes" du service international du journal "Le Monde".

Par Nick
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Jeudi 11 septembre 2008
Je me souviens que le 11 septembre 2001, vers 14h00 je crois, je rentrais dans une banque, à Genêve. Pendant que j'attendais que l'on vienne me chercher pour mon rendez-vous (honorable, je vous rassure), je regardais distraîtement un poste de télévision qui, au lieu d'afficher les cours boursiers, montrait l'une des tours du World Trade Center (WTC) en feu. Un bandeau indiquait qu'un avion s'y était écrasé. Sans plus de détail.

Je me souviens que pendant mon rendez-vous, mon interlocuteur fut dérangé par un de ses collègues qui l'informât rapidement qu'un avion venait de percuter le WTC. J'indiquais que la télé en montrait les images. Nous nous sommes interrogés sur ce qui avait bien pu se passer. Une crise cardiaque du pilote peut-être ? Nous ne savions pas que ledit collègue parlait de la seconde tour, et que ce n'était donc plus un accident.

Je me souviens que sortant dans les rues de Genêve, m'asseyant à une terrasse pour boire un café, j'entendis une italienne en grande discussion téléphonique parler de "terza guerra mondiale". Je ne comprenais pas. Ce n'est qu'en rentrant chez les amis qui m'hébergeaient, après une longue flânerie le long des berges du lac Léman, que j'appris ce qui s'était passé.

Je me souviens que je repartis le soir même en avion vers Bruxelles (avec un coûteau suisse dans mon bagage à main...). L'aéroport de Genêve était désert - je me souviens encore des hotesses au sol appelant en vain des passagers inexistants à se rendre à l'enregistrement. Nous n'étions pas même une dizaine dans un avion silencieux. La peur était palpable.

Je me souviens de chaque instant de cette journée et de toute les pensés qui me traversèrent l'esprit - dont celle (réjouissante) que mon banquier venait de perdre son bonus de l'année...  Je me souviens surtout que "j'entendais" les cris d'horreur des victimes.

Mais malgré ce souvenir vivace, je me souviens que ce jour là je ne me suis pas senti américain. Ni les jours suivants d'ailleurs.

Parce que se sentir américain, tout compris, c'était finalement se sentir proche de l'assassin.

Car qui a fabriqué les Ben Ladens du Moyen-Orient en recourant à leur service depuis la fin des années 70 pour contre-carrer l'URSS et ses alliés (mais aussi la France, tiens...) dans ce "grand jeu" dont l'Asie Centrale, le Moyen-Orient, sont l'échiquier depuis le début du 20ième siècle - et ses populations les victimes malgré elles?
Qui a fournit à ce Ben Laden particulier des Talibans protecteurs de ses activités, pour un oléoduc qui ne se fit finalement pas ?
Qui a fourni à ces Ben Ladens leurs soldats, enfants révoltés d'un Proche et d'un Moyen Orient asservis aux intérêts de "l'homme blanc pétrolivore", de Washington à Moscou en passant par Londre, Paris et Tel Aviv ?
Et qui, depuis, prétextant du 11 septembre pour justifier ses conquêtes arrogantes, a encore plus renforcé ce fanatisme désespéré et désespérant des désespérés de cette région, de Tel Aviv à Bagdad ?

Le lendemain, à Bruxelles, je ne me rendis pas avec mes collègues devant l'un ou l'autre des bâtiments de la Commission européenne pour observer une minute de silence à la mémoire des morts du WTC.

Car on ne le fait pas pour les autres WTC de ce monde.

Ainsi, chaque semaine, dans un Congo oriental maudit de ses richesses géologiques et des convoitises qu'elles génèrent, livré aux bandes armées, c'est un WTC qui se produit.
De même, chaque jour, 3000 enfants meurent du paludisme en Afrique et en Asie, alors que l'éradication de cette maladie coûterait tellement moins cher qu'une guerre d'Irak.
Et l'on pourrait continuer la liste de ces "WTC quotidiens" jusqu'au dégoût d'être ce que l'on est... blanc, occidental, en bonne santé, vivant à l'aise (même au RMI), et donneur immoraux de leçons de morale au monde... le contraire des victimes non-médiatiques de ce monde en folie.
 
D'ailleurs, c'est peut-être ça le problème: c'est qu'on n'est pas comme eux, finalement.

Non ?

Bonne journée.

PS: comme le souligne fort justement l'ami Antoine ici, le 11 septembre c'est aussi le triste anniversaire de la mort de Salvador Allende et de la démocratie au Chili (et quelques miliers de citoyens...), à la suite d'un coup d'Etat soutenu par... qui vous savez. Il y a de ces télescopages dont l'histoire a le secret....
Par Nick
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Mardi 9 septembre 2008

... même si ça risque de ne pas changer grand chose... Mais c'est plus fun, quand même !

http://www.koreus.com/video/john-mccain-barack-obama-rick-rolled.html

Bonne journée

Par Nick
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Jeudi 28 août 2008
Récapitulatif géopolitique du mois d'août:

- reconnaître comme Etat indépendant un territoire sécessioniste d'un Etat pro-occidental (tiens, la Géorgie par exemple) est une violation du droit international si l'Occident ne le reconnaît pas de son côté. De là à en déduire que c'est l'Occident qui dit le droit international au monde entier...

- les systèmes anti-missiles américains qui vont être installés en Pologne visent à protéger les Etats Unis et l'Europe d'une attaque des Papous de Nouvelle Guinée, pas de la Russie. S'ils étaient installés Cuba, il seraient par contre considérés comme menaçant les USA, pas la Jamaïque (ce qui rassurera les amateurs de reggae, de oinjs et de sprint)...

- l'OTAN n'est pas une alliance dirigée contre la Russie. La preuve, c'est qu'elle n'en est pas membre...

- des soldats français sont morts en Afghanistan, parce que nous avons décidé d'aider les USA à lutter contre l'islamisme radical... Mais qui sont les apprentis sorciers qui ont propagé ce virus à partir de la fin des années 70 pour lutter contre l'Empire Soviétique, du Proche et au Moyen Orient, de l'Algérie à l'Afghanistan ? Indice: c'est pas la France... mais elle aide à nettoyer.

- Bernard Kouchner est un grand Ministre des Affaires Etrangères. Non, non, non, là j'blague...

Bonne journée.
Par Nick
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Mardi 12 août 2008
Oula... Ca f'sait longtemps... De retour. Pas de vacances lointaines, non, non. De retour de mes explorations en moi - mais mon "moi", ses dérives, ses joies et ses peines, ce n'est pas l'objet de ce blog, y'en a un autre (ici) pour ça.

Non. De retour, j'ai envie de papoter du Proche-Orient, suite à une séquence vidéo que j'ai vue pendant cette période. "Oulala, que vous allez m'dire, le Proche Orient ? Mais c'est pas l'actu, Lulu. Là pour l'instant c'est la baston entre russes et géorgiens dont il faut qu'on cause sévère..."

Peut-être. Mais pas maintenant. Une autre fois, tiens à l'occasion d'un article sur l'Homme blanc occidental (vous, moi, nous) qui brâme devant un Monde qui lui échappe de plus en plus alors qu'il pensait que l'Histoire était finie depuis 1989. Une autre fois. Pas maintenant.

Car ce qui me hante, c'est ça, là, en-dessous....




Voila. Que dire ? Un officer (lieutenant-colonel ?) présente, du bout des doigts, un manifestant palestinient menotté dans le dos et les yeux bandés, devant un soldat qui s'éloigne pour se mettre en position. Le soldat vise, puis échange rapidement avec l'officier (il doit lui demander s'il peut y aller, à moins qu'il ne le prévienne qu'il va tirer...), revise, et tire une balle en caoutchouc (ouf...) sur la jambe du manifestant.

Voila. Alors on dira - et Tsahal le dit - qu'il manque des scènes, que l'on ne sait pas ce que ce manifestant a fait, etc. Sans doute. Certainement même. Enfin, ce que l'on sait c'est qu'il manifestait contre ce Mur de la Honte, pseudo-sécuritaire, par lequel Israël annexe de facto des territoires palestiniens,  ce Mur condamné par la justice internationale.... A-t-il fait un scandale ? Sans doute ? A-t-il jeté des pierres ? Certainement. Et alors ?

Car ce qui est clair, c'est qu'un civil menotté, de toute évidence passif à cet instant T, c'est à dire n'opposant aucune résistance, se fait tirer dessus de sang-froid par un soldat aux ordres d'un officer , devant d'autres soldats et policiers. Car ce n'est PAS une bavure, hein ? Ce n'est pas un trouffion qui perdrait les pédales et se mettrait d'un coup à tirer dans tous les sens, façon Baruch Goldstein à Hébron il y a 15 ans. NON ! L'officier lui présente le bonhomme, il vise,  il discute, il revise, il tire, et personne ne lui saute dessus pour le maîtriser. Il agit sur ordre, ou en tous les cas avec l'aval d'un officer.

Alors je me fous de ce que peut en dire Tsahal quand à ce que ce palestinien et ses compagnons faisaient... Car il est clair qu'eux ne tiraient certainement pas sur les soldats car ceux-ci auraient alors eu leurs fusils chargés à balles réelles... Et l'on se serait dépéché de nous montrer l'arme de ce palestinien.

Ces images me font vomir. Comme cette guerre insupportable qui dure depuis 60 ans ... Elle est dans ma vie depuis mon adolescence, à la fois symbole de mon "tropisme pro-isrélien" (selon mes relations gauchistes) et de mon enfance arabe. J'en ai marre de ce conflit plein de mauvaise foi, où les arguments de sécurité masquent mal la simple volonté d'agrandir un territoire au détriment d'un autre peuple, en s'abritant tantôt derrière la bienveillante culpabilité d'un Occident traumatisé par la Shoah, tantôt sous l'étendard de la "Guerre contre le terrorisme" de Bush, cette wild card donnée à qui veut tirer un arabe mécontent de son sort...

Il y a des bombes en Israël  me direz-vous. Aaahhhh... Ben oui, il y en a, comme il y en eut d'origine juive du temps du Mandat britanique sur la Palestine, parce qu'il y a un peuple dont le territoire est occupé et les droits niés. Non ?

Non, ce serait trop simple...

Bonne journée... quand même.

Par Nick
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Vendredi 13 juin 2008

(c) Danielle Griepp - "NY under water"

Parce qu'il est des mots plus forts que les images - et ça tombe bien: j'ai le "verbe flémard" depuis quelques jours.

Et parce qu'il y a aux Etats Unis des gens qui ne sont pas dupes, malgré nos préjugés d'européens (moi le premier... tsssss). La preuve en image.

A la prochaine !

Par Nick
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